Lors de la première rencontre
en présentiel, au début de la session, l’enseignant responsable du cours DDD
9651 a mentionné vouloir nous faire vivre pendant l’automne l’expérience d’un
cours en environnement numérique d’apprentissage à distance asynchrone (ENA-DA).
Ce faisant, il voulait nous permettre d’en comprendre plus intimement les défis
et les enjeux. En guise de synthèse, c’est sur cette expérience très
personnelle et sur les réflexions qu’elle suscite pour l’enseignement que j’ai
envie de conclure cette première série de billets.
Ce qui m’a le plus marqué,
c’est à quel point l’environnement numérique d’apprentissage à distance
asynchrone constitue un univers parallèle qui n’a « que peu à voir avec
les apprentissages formels » (Endrizzi, 2012, p. 11). La démarche d’exploration autodidacte qu’elle
demande implique un désir de se former (Albero, 2011) et engagement cognitif supérieur à celui d’un cours
en présentiel, puisque tout ou presque repose sur les épaules de l’apprenant.
Considérant cela, il n’est pas surprenant que l’ENA accentue plus qu’il
n’atténue le clivage entre étudiants plus ou moins autonomes (Endrizzi, 2012) et/ou motivés (Clark, 2009).
À cet égard, stimuler
l’engagement des étudiants apparaît être plus difficile en ENA-DA. La modalité
asynchrone semble rendre l’établissement d’une relation enseignant-étudiant
plus difficile, ne serait-ce que par l’absence de tout le volet de la
socialisation informelle qui accompagne nécessairement les cours en présentiel.
En l’absence du « pouls », même non verbal, que l’enseignant peut
récolter en présentiel auprès d’un étudiant, la question de quand intervenir et
de comment le faire semble constituer un défi particulier.
Dans le même ordre d’idées,
l’absence de la socialisation informelle influence aussi les interactions entre
apprenants. La méconnaissance de l’autre, accentuée par la distance, entretient
un flou quant aux règles d’interaction. Ces dernières se limitent donc souvent
à la participation et/ou à la collaboration demandée par l’enseignant. Pourtant,
en termes d’apprentissage, il serait souhaitable que les apprenants discutent
de leur compréhension des concepts et qu’ils se relancent entre eux. Cela dit,
jusqu’où aller ? En présentiel, le temps disponible et la rétroaction de
l’enseignant constituent des balises évidentes. Ces balises sont à définir dans
l’ENA-DA. Idéalement, il ne faudrait pas qu’elles soient imposées par
l’enseignant ni notées. Cependant, les laisser dépendantes de l’initiative de
leaders spontanés et de la participation volontaire de quelques autres
étudiants ne semble pas être une solution idéale.
La dimension asynchrone rend
aussi la collaboration plus difficile. Pour un fonctionnement optimal, le mode
asynchrone ne peut pas l’être totalement. Un certain rythme commun semble
devoir être respecté pour que la discussion puisse avoir lieu. Comment
l’encourager sans l’imposer, alors que c’est justement le potentiel de
flexibilité et de personnalisation qui compte aux yeux des apprenants (Endrizzi, 2012) ?
L’ENA-DA présente aussi un
défi particulier pour déterminer la charge de travail à demander. Il m’apparaît
désormais évident que le cours à distance asynchrone n’est pas et ne peut pas
être la transposition d’un cours en présentiel en mode virtuel. La nature du
temps de travail de chaque mode renvoie à des types d’apprentissage si
radicalement différents que leur comparaison me laisse perplexe. Le temps du
présentiel, qui progresse à la vitesse du groupe, au rythme des interactions,
de la socialisation et des parenthèses dans un espace-temps déterminé, s’oppose
au temps condensé/concentré et indéterminé de l’individuel pour la réalisation
d’un nombre de tâches données. Dans ces circonstances, établir une charge de
travail équitable, qui offre un défi sans surcharger, semble être un défi
intéressant à relever.
Références
Albero, B. (2011). Le couplage entre pédagogie et
technologies à l’université : cultures d’action et paradigmes de recherche. Revue
internationale des technologies en pédagogie universitaire / International
Journal of Technologies in Higher Education, 8(1‑2), 11‑21.
Clark, R. E. (2009). Entretien: À la recherche des ingrédients
actifs de l’apprentissage. Distances et Savoirs, 9(4), 113‑124.
Endrizzi, L. (2012). Les technologies numériques dans l’enseignement
supérieur, entre défis et opportunités. Dossier d’actualité veille et
analyses de l’Institut Français de l’Éducation (IFÉ), (78), 1‑30.
Cher Michaël, encore une fois, te lire fut un régal. Je dois cependant dire que je demeure mitigé par ton billet. S’il est vrai que l’ENA-DA fut plus ardue qu’il n’y paraît, les quelques séances en présentielle ont grandement contribuer à atténuer, dans mon cas, la difficulté de me sentir isolé.
RépondreEffacerDans une de mes lectures pour mon travail, je suis tombé sur Meyer (2003) qui a comparé les discussions « face-à-face » et « en ligne ». Elle arrive à la conclusion que si certaines différences existent, tout est une question de « fit » entre les étudiants l’activité, que le mode de conversation soit asynchrone ou synchrone. Ainsi, j’ai réalisé, parce que je vous ai tous entendu chacun votre tour, que je retrouvais, quand je lisais les textes de chacun, le ton joyeux de Éric, l’accent posé de Marie-Claude, la discrétion de Jalila, les préoccupation de Suze et ton attitude débonnaire.
Il est vrai cependant que nos échanges « asynchrones » ne furent pas des plus exemplaires. Nous avons tous nos vies, nos préoccupations, nos obligations et mon impression est que nous ne faisons que le stricte minimum pour le cours, alors qu’il n’en tient qu’à nous d’embrasser pleinement les outils de l’ENA-DA.
Je te rejoints donc lorsque tu écris que « en termes d’apprentissage, il serait souhaitable que les apprenants discutent de leur compréhension des concepts et qu’ils se relancent entre eux. » Hew et Cheung (2010) présentent sept techniques qui facilitent et encourage les discussions en ligne dans un groupe. Ces techniques sont : le remerciement, l’invitation, l’établissement de règles, le résumé, la solution, la question et la redirection. Dans notre cas, je ne crois pas que ce soit une question de technique pour susciter la conversation, ni même la volonté de le faire, mais plutôt le temps. Ou en fait d’une priorisation plus adéquate de notre temps. À repenser pour la prochaine session ☺!
HEW, Khe F. et CHEUNG, Wing S. (2010). « Fostering higher knowledge construction levels in online discussion forums: An exploratory case study », International Journal of Web-Based Learning and Teaching Technologies, vol. 5, no 4, p. 44-55.
MEYER, Katrina A. (2003). « Face-to-face versus threaded discussions: The role of time and higher-order thinking », Journal of Asynchronous Learning Networks, vol. 7, no 3, p. 55-65.