Dans
un billet précédent, publié à l’automne, j’ai présenté l’idée que les approches
actives ne dépendent pas du numérique (Bates, 2015). Tout comme l’enseignement en
présence, les environnements numériques d’apprentissage permettent la
scénarisation d’une multitude d’approches pédagogiques et de modèle didactiques.
Selon
Stockless et Maina (2017), le design pédagogique en
environnement numérique d’apprentissage est basé sur une multitude de
ressources (plateformes, outils, activités) qui peuvent être articulées de
différentes façons en fonction des objectifs d’apprentissage visés et des
approches privilégiées par l’enseignant. Les approches actives sont donc tout
aussi réalisables en ligne qu’en présentiel. Comme le soulignent plusieurs
chercheurs, ce n’est pas le médium qui fait la différence, mais la manière de
l’utiliser (Means et al., 2010).
Au
cégep où j’enseigne, c’est la plateforme Moodle qui a été retenue en tant qu’environnement
numérique d’apprentissage. Cette plateforme regroupe plusieurs outil, plusieurs
activités et plusieurs ressources numériques qui peuvent être articulés de
différentes façons afin de créer les conditions pour favoriser l’engagement
cognitif (Bernard et al., 2009), pour que l’étudiant entre en
interaction (forte) avec le contenu (Bernard et al., 2009) et pour permettre la
co-construction des savoirs par la collaboration (Garrison, 2016 ; Jézégou, 2012 ; Moore, 2013), bref, pour favoriser
l’apprentissage actif. Au besoin, elle permet aussi l’intégration de ressources
externes pertinentes pour l’atteinte de l’objectif d’apprentissage visé.
Dans
le cadre du cours de français au collégial, plusieurs possibilités sont
offertes à l’enseignant pour favoriser l’apprentissage actif en environnement
numérique d’apprentissage. Bien que l’automatisation de la rétroaction sur la
langue ou sur le contenu d’une production écrite ne soit pas envisageable (Bourdages, 2014 ; Dessus et Marquet, 2009 ; Lecavalier, 2015) et que le regard des pairs ne
peut remplacer celui de l’enseignant en termes d’apprentissage (Buysse, 2009), il n’en reste pas moins que
tout le travail d’appropriation et de construction de la connaissance, préalable
à la rétroaction, peut faire l’objet d’un apprentissage actif.
D’emblée,
la classe inversée peut se révéler efficace pour l’appropriation de certains
contenus, tels que la structure de la dissertation (Bourdages, 2014). Cela dit, cette inversion
doit se faire avec le souci de favoriser l’engagement cognitif des étudiants et
non comme la transposition d’un exposé ou d’un discours transmissif dans un
environnement numérique.
Tel
que mentionné dans un billet précédent, l’avenue qui me semble la plus
pertinente pour le développement des compétences visées par le cours de
français au collégial est celle de la Community
of Inquiry (Garrison, 2016) ou de la collaboration
contradictoire (Jézégou, 2012).
Dans
tous les cas, il est tout à fait envisageable de mettre en œuvre ces possibilités
d’approches actives en environnement numérique d’apprentissage. Les principaux
obstacles à leur mise en place restent la compréhension qu’on les enseignants
des approches actives (Barth, 1993), les représentations qu’ils
ont de ce qu’est enseigner, de ce qui est à enseigner et de comment l’enseigner
(Chartrand et Lord, 2013 ; Simard et
al., 2010), de même que la lourdeur de
la tâche et le manque de temps pour s’approprier ces nouvelles approches et les
outils qui leur correspondent (Dyke et Deschenaux, 2008), qu’ils soient numériques ou
non.
Malgré
ces obstacles, de plus en plus d’enseignants s’engagent dans un parcours de
développement professionnel qui les amène à dépasser ces limites.
Références
Barth,
B.-M. (1993). Le savoir en construction. Former à une pédagogie de la compréhension.
Paris : Retz Nathan.
Bates, A. W. (Tony). (2015). Teaching in a Digital Age.
[s.l.] : open.bccampus.ca.
Bernard, R. M., Abrami, P. C., Borokhovski, E., Wade, C. A.,
Tamim, R. M., Surkes, M. A. et Bethel, E. C. (2009). A Meta-Analysis of Three
Types of Interaction Treatments in Distance Education. Review of Educational
Research, 79(3), 1243‑1289.
Bourdages, É. (2014). Récit de pratique - Littérature active:
enseigner autrement dans les classes de français du collégial. Correspondance,
20(1), 3‑7.
Buysse, A. (2009). Médiations contrôlantes et structurantes :
une base pour penser la formation. Revue suisse des sciences de l’éducation,
(3).
Chartrand, S. G. et Lord, M.-A. (2013). L’enseignement du
français au secondaire a peu changé depuis 25 ans. Québec français,
(168), 86‑88.
Dessus, P. et Marquet, P. (2009). Entretien avec Richard E.
Clark: À la recherche des ingrédients actifs de l’apprentissage. Distances
et Savoirs, 9(4), 113‑124.
Dyke, N. et Deschenaux, F. (2008). Enquête sur le corps
professoral québécois: faits saillants et questions. Montréal : Fédération
québécoise des professeures et professeurs d’université.
Garrison, D. R. (2016). Community of Inquiry. Dans D. R.
Garrison (dir.), E-Learning in the 21st Century (3e éd., p.
22‑34). New York / London : Routledge Taylor and Francis.
Jézégou, A. (2012). Créer de la présence à distance en
e-learning. Cadre théorique, définition et dimensions clés. Distances et
Savoirs, 8, 257‑274.
Lecavalier, J. (2015). La révision-correction au moyen d’Antidote:
un problème d’outil ou de méthode? Correspondance, 21(1), 9‑14.
Means, B., Toyama, Y., Murphy, R., Bakia, M. et Jones, K.
(2010). Evaluation of Evidence-Based Practices in Online Learning: A
Meta-Analysis and Review of Online Learning Studies.
Moore, M. G. (2013). Transactional Distance Theory:
Historical Significance. Dans M. G. Moore (dir.), Handbook of Distance Education
(3e éd., p. 66‑85). New York / London : Routledge Taylor and
Francis.
Simard, C., Dufays, J.-L., Dolz, J. et Garcia-Debanc, C.
(2010). Didactique du français langue première. Bruxelles : de
Boeck Supérieur.
Stockless, A. et Maina, M. (2017). P2 - Conception de cours.
Université du Québec à Montréal : Canada.