Le modèle théorique de la Community of Inquiry de Garrison (2016) et celui de la collaboration contradictoire (Jézégou, 2012) s’appliquent particulièrement bien au contexte de
l’enseignement du français au collégial. Tel que mentionné dans un billet
précédent, l’objectif du cours étant le développement des capacités à analyser
un texte et à communiquer sa compréhension, les interactions de nature
collaborative qui sont les fondements de ces modèles semblent toutes faites
pour le développement de ce type de compétences.
La mise en commun des
interprétations d’une œuvre dans un environnement numérique d’apprentissage ne
peut faire autrement qu’engendrer un conflit sociocognitif dans le cadre duquel
les étudiants « prennent conscience de leur pensée par rapport à celle des
autres, se rendent compte que leur position n’est pas nécessairement la seule
possible […] ce qui les amène à reconsidérer leurs propres représentations et
celles des autres pour reconstruire un nouveau savoir » (Jézégou, 2012, p. 263). De même, le fait de devoir rendre ses connaissances
accessibles et compréhensibles par ses pairs par écrit, puis de devoir évaluer
le savoir construit en groupe, force l’étudiant à objectiver et à évaluer ses
processus cognitifs, ce qui contribue à leur développement (Jézégou, 2010). À cet égard, l’écrit, en particulier l’écrit
asynchrone, semble jouer un rôle important, puisque son rythme plus lent
favorise la réflexivité (Garrison, 2016 ;
Jézégou, 2012).
Selon plusieurs chercheurs du
domaine de l’enseignement à distance, le succès d’un tel type de dispositif
serait grandement attribuable à la présence à distance établie par l’enseignant
ou le formateur. Pour Jézégou (2012), c’est cette présence pédagogique qui rend possible
et qui soutient les présences socio-affective et cognitive des apprenants.
Dans le contexte d’une
formation hybride donnée au collégial, une telle présence peut s’appuyer sur et
s’incarner dans la continuité de la présence établie en classe. Toutefois, cette
présence face à face ne saurait garantir à elle seule l’engagement dans un
dispositif d’enseignement à distance en dehors de la classe. À l’instar de
Moore (2013), je crois que la présence pédagogique dépasse les
interactions que l’enseignant peut avoir avec les apprenants pour réguler leur
environnement et leurs comportements d’apprentissage (Jézégou, 2010). En effet, je crois que la structure du dispositif d’enseignement
à distance (ou de l’environnement numérique d’apprentissage) est une dimension
contributive essentielle de la présence pédagogique de l’enseignant. Par structure,
j’entends ce qui est demandé, c’est-à-dire la cohérence du dispositif avec les
apprentissages visés, la clarté et la pertinence des objectifs d’apprentissage
pour les étudiants, la possibilité de contourner l’apprentissage ou la
nécessité de s’y engager, etc. En d’autres mots, le dispositif en lui-même doit
avoir la capacité de créer ou de représenter la présence pédagogique de l’enseignant.
Une structure adéquate stimulerait l’engagement des étudiants (Jézégou, 2010). À l'inverse, la possibilité de bien structurer ces dimensions dans un environnement numérique d'apprentissage constituent des limites
à ce qui peut ou à qui devrait être transposé à distance.
Dans le même ordre d’idées,
une posture transmissive ou le besoin d’être trop présent se révèlent
incompatible avec les modèles théoriques de la Community of Inquiry et de la collaboration contradictoire, puisqu’ils
sont basés sur la symétrie de la relation sociale (Jézégou, 2012). Dans l’exemple de l’étude d’une œuvre, l’enseignant
doit donc s’effacer pour laisser la place aux interprétations et aux questions
des étudiants pour les accompagner dans leurs réflexions, pour leur suggérer l’exploration
de pistes qu’ils n’ont pas envisagées et pour valider, au final, leur
interprétation.
Références
Garrison, D. R. (2016). Community of Inquiry. Dans D. R.
Garrison (dir.), E-Learning in the 21st Century (3e éd., p.
22‑34). New York / London : Routledge Taylor and Francis.
Jézégou, A. (2010). Community of Inquiry en e-learning: à
propos du modèle de Garrison et d’Anderson. Journal of Distance Education -
Revue de l’éducation à distance, 24(2), 1‑18.
Jézégou, A. (2012). Créer de la présence à distance en
e-learning. Cadre théorique, définition et dimensions clés. Distances et
Savoirs, 8, 257‑274.
Moore, M. G. (2013). Transactional Distance Theory:
Historical Significance. Dans M. G. Moore (dir.), Handbook of Distance
Education (3e éd., p. 66‑85). New York / London : Routledge
Taylor and Francis.
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