L’apparition du Net et des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont contribué à la métamorphose de la vie en société. Le milieu de l’éducation n’échappe pas à cette transformation.
La plupart des intervenants et des chercheurs qui s’intéressent à l’intégration du numérique en éducation s’entendent sur le fait que l’intuition, la créativité pédagogique (Basque, 2004) et « l’expertise disciplinaire des professeurs ne suffi[sen]t pas pour développer des cours à distance [en environnement numérique d’apprentissage (ENA)] de qualité » (Conseil supérieur de l’éducation, 2015, p. 31). Selon Papi (2016), le passage à la formation en ligne demande le développement de compétences nouvelles d’organisation et de conception, tant sur les plans pédagogiques, cognitifs et sociaux, que sur les plans managériaux, technologiques et de la facilitation.
Le développement de ces compétences constitue un enjeu de taille pour l’élaboration de cours de qualité en ENA, qu’ils soient à distance ou hybrides, synchrones ou non. Il nécessite toutefois des changements profonds dans les représentations de ce que sont enseigner et être un enseignant, de même que dans le rapport à la formation continue en enseignement.
Si ces changements apparaissent comme incontournables, c’est parce que la représentation de l’enseignant comme intermédiaire entre l’apprenant et le savoir est encore dominante (Power, 2002), et ce, même si les théories contemporaines de l’apprentissage, qui suggèrent de rendre l’étudiant le plus actif possible cognitivement, existaient bien avant la diffusion d’Internet (Papi, 2016). Le fait que l’idée selon laquelle l’expertise disciplinaire du professeur est suffisante pour qu’il structure son enseignement soit encore largement répandue (Lapierre, 2014) révèle l’importance d’intervenir à l’endroit des représentations de l’enseignement si on veut espérer le développement de ces nouvelles compétences.
Cette représentation de l’enseignement est d’ailleurs souvent accompagnée de la croyance que les qualités de pédagogue sont innées, « croyance pour le moins curieuse dans un milieu qui place au coeur même de sa mission le développement des connaissances et compétences » (Basque, 2004, p. 12).
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces représentations de l’enseignant en tant que détenteur de savoir (tel que certifié par l’obtention des diplômes donnant accès à la profession) rendent difficile la remise en question, l’ouverture à la formation continue ou au travail collaboratif, qui semblent être considérés comme des échecs. Pourtant, l’idée qu’un enseignant travaille seul à la création d’un cours est difficilement réconciliable avec la connaissance approfondie des divers domaines d’expertise qui sont impliqués dans la création d’environnements numériques d’apprentissage de qualité.
Les enseignants gagneraient à adopter les perspectives de travail d’équipe et de formation continue propres à bon nombre d’autres domaines et professions, tout aussi complexes que l’éducation (santé, génie, informatique, etc.), et où chacun met son expertise particulière au service d’un projet d’envergure plus complexe. Cette forme de travail en collaboration et d’apprentissage tout au long de sa carrière peut être tout aussi valorisant, sinon davantage, que le travail individuel, en plus de contribuer au sentiment de maîtriser son domaine d’expertise. Il s’agit toutefois d’un important changement dans les représentations dominantes de ce que sont enseigner et être un enseignant.
Selon la théorie des représentations sociales, si les représentations ne changent pas, les pratiques demeurent (Rouquette, 2000).
Références
Basque, J. (2004). En quoi les TIC changent-elles les pratiques d’ingénierie pédagogique du professeur d’université? International Journal of Technologies in Higher Education, 1(3), 7‑13.
Conseil supérieur de l’éducation. (2015). La formation à distance dans les universités québécoises: un potentiel à optimiser. Québec.
Lapierre, L. (2014). Un cadre de référence pour le questionnement didactique au collégial. Dans L’impératif didactique, au cœur de l’enseignement collégial (p. 25‑41). Montréal : Association québécoise de pédagogie collégiale.
Papi, C. (2016). De l’évolution du métier d’enseignant à distance. Sticef, 23. Récupéré de www.sticef.org
Power, M. (2002). Générations d’enseignement à distance, technologies éducatives et médiatisation de l’enseignement supérieur. Journal of Distance Education - Revue de l’éducation à distance, 17(2), 57‑69.
Rouquette, M.-L. (2000). Représentations et pratiques sociales : une analyse théorique. Dans C. Garnier et M.-L. Rouquette (dir.), Représentations sociales et éducation (p. 133‑142). Montréal : Éditions Nouvelles AMS.
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