En formation à distance, dans
un environnement numérique d’apprentissage, l’évaluation présente de nombreux
défis et soulève plusieurs enjeux.
Dans un billet précédent, j’ai
mis en évidence le fait que l’évaluation formative de compétences complexes en
environnement numérique d’apprentissage pouvait alourdir considérablement le
processus d’enseignement-apprentissage, tant pour les étudiants que pour les
enseignants. Il s’agit selon moi du principal défi dans l’enseignement du
français au collégial à distance, en mode asynchrone. La situation décrite rejoint
les constats Nizet et collab. (2016), qui constatent une « explosion du temps consacré
à l’évaluation formative » (p. 18) en raison du volume important de
matériel à évaluer.
Ironiquement, cette surcharge
pourrait constituer un levier important de changement pédagogique. Alors que le
virage numérique sous-entendait une volonté économique de remplacer l’enseignement
en présentiel par l’enseignement à distance (Endrizzi, 2012), entre autres pour enseigner à un plus grand nombre d’étudiants
en même temps, l’enseignement à distance sollicite davantage les évaluateurs « dans
des démarches d’évaluation des apprentissages individualisées fondés sur un
dialogue pédagogique » (Nizet et al., 2016, p. 18). Non seulement des démarches de ce type sont-elles
plus cohérentes avec les théories constructivistes de l’apprentissage, elles
mettent de plus en évidence la nécessité d’enseigner à de plus petits groupes
pour assurer une formation de qualité. En étant un peu optimiste, on pourrait
espérer que le virage numérique qui devait augmenter la taille des groupes soit
celui qui légitime leur réduction, tant pour les cours à distance que pour ceux
en présentiel.
Il pourrait être tentant de
voir dans le plagiat et l’usurpation d’identité le second enjeu le plus
important pour l’évaluation à distance. Toutefois, cet enjeu semble largement
tributaire de la forme des pratiques d’enseignement et d’évaluation mises en
place dans le cours, qu’il soit en présentiel ou à distance. En français, le
plagiat se détecte d’autant plus facilement que l’enseignant apprend à
connaître ses étudiants à travers leurs écrits. Les passages copiés-collés ou
fortement inspirés d’analyses qui ne sont pas les leurs sautent littéralement
aux yeux des correcteurs moindrement attentifs. Cela dit, cette « connaissance »
de l’autre dépend aussi de l’établissement d’une relation enseignant-étudiant
de qualité, relation qui peut être plus difficile à établir à distance, surtout
en mode asynchrone (Endrizzi, 2012).
En fait, c’est surtout la
question de la nature et de la validité des pratiques qui retient l’attention en
tant qu’enjeu important. En français peut-être plus que dans d’autres
disciplines, il semble primordial de diversifier les pratiques d’enseignement.
Le support numérique repose en grande partie sur la lecture pour l’appropriation
des connaissances. Or, c’est ce même processus qui est l’objet d’apprentissage
du cours. Il y a donc un risque de reproduire les inégalités, voire de nuire à
l’apprentissage des étudiants, si l’ensemble du processus, incluant les
évaluations formatives, passe par l’écrit. Dans ces circonstances, un étudiant
faible en lecture voit compromises ses chances d’apprendre de nouveaux
concepts, tout comme celles de bénéficier du sens des rétroactions écrites qui
lui sont offertes. Il existe bien sûr des moyens de contourner ces obstacles,
mais ils demandent un effort de créativité plus important de la part de l’enseignant.
Références
Endrizzi, L. (2012). Les technologies numériques dans l’enseignement
supérieur, entre défis et opportunités. Dossier d’actualité veille et
analyses de l’Institut Français de l’Éducation (IFÉ), (78), 1‑30.
Nizet, I., Leroux, J. L., Daudelin, C., Béland, S. et Goulet,
J. (2016). Bilan de pratiques évaluatives des apprentissages à distance en
contexte de formation universitaire. Revue internationale de pédagogie de l’enseignement
supérieur [en ligne], 32(2).
Évaluer dans un environnement numérique d'apprentissage
RépondreEffacerDécharge temporelle, l'évaluation avec le numérique?
Bonjour Michaël,
Tu soulèves la grande taille des groupes comme contrainte à l'évaluation individualisée des productions étudiantes. Dans mon cas, elle l'est aussi pour les productions d'équipe. Selon mes charges de cours, j'enseigne à 80 ou 100 étudiants/session lesquels vont former jusqu'à 30 équipes.
Le fait d'être en présentiel ou à distance importe peu. En gestion de projet, à l'exception de deux examens, les sous-livrables menant au livrable final sont nombreux (quatre à cinq/session) et nécessitent une rétroaction hebdomadaire de ma part sous peine de retarder l'avancement des équipes.
Les rapports d'analyse (écrits complexes) sont déposés sur Moodle et retransmis commentés par moi aux équipes.
Cette charge d'évaluation quasi ininterrompue et non moins exigeante (Roberge et Roberge, 2015) pourrait certainement être allégée grâce à des grilles d'évaluation critériées à échelle descriptive (Leroux et Mastracci, 2015). Les cases pourraient ainsi être cochées directement en ligne et je n'aurais qu'à émettre des commentaires distinctifs sur les copies soumises.
Outre cette décharge temporelle, les grilles critériées permettraient un jugement plus objectif (et homogène) sur la qualité des travaux (Scallon, 2004). En connaissant à l'avance le contenu de ces grilles, les étudiants livreraient sans doute de meilleures productions tout en étant plus motivés à l'égard des tâches à accomplir. De plus, ces grilles seraient plus aisément classifiables et consultables (1 fiche versus 1 fichier de plusieurs pages) post évaluation.
Mais avant de monter ces grilles, il me faudrait faire valoir leur plus value auprès des coordonnateurs des cours que je dispense. Puis, s'ils sont convaincus de la pertinence de l'outil, établir avec eux les tâches à évaluer/sous-livrables en fonction des compétences à développer, les critères, le pointage, etc. (Martin et al., 2016).
Ce que je compte entreprendre dès janvier!
Références
Leroux, J.J. et A. Mastracci. 2015. Concevoir des grilles d'évaluation à échelle descriptive, chapitre 6 dans Évaluer les compétences au collégial et à l'université : un guide pratique. Groupe de recherche en évaluation des apprentissages au collégial. Montréal : Association québécoise de pédagogie collégiale, p. 377-414.
Martin, E., Lefrançois, C., Guichard, A., Tapp, D. et L. Arsenault (2016) Processus de coconstruction d'une grille critériée pour l'évaluation de productions écrites complexes à l'université. Revue Internationale de Pédagogie de l'Enseignement Supérieur, 32 (2).
Roberge, J. et J. Roberge. 2015. Stratégies de correction des productions écrites dans toutes les disciplines, chapitre 11 dans Évaluer les compétences au collégial et à l'université : un guide pratique. Groupe de recherche en évaluation des apprentissages au collégial. Montréal : Association québécoise de pédagogie collégiale, p. 377-414.
Scallon, G. (2004) L'évaluation des compétences et l'importance du jugement, Pédagogie collégiale, 18(4). Récupéré le 22 décembre 2016 de : http://aqpc.qc.ca/sites/default/files/revue/Scallon_18_1.pdf.