Les approches actives ne
dépendent pas du numérique (Bates, 2015). Par conséquent, elles peuvent être mises en oeuvre,
tant en mode présentiel que dans un environnement numérique d’apprentissage. Dans
l’enseignement du français, la difficulté du recours au numérique se situe
ailleurs.
Tant pour l’enseignement-apprentissage
de la langue que pour le développement de compétences complexes, comme le sont
la compréhension et l’explication, la limite n’en est pas une de présence ou
d’outil, mais plutôt une de rétroaction (Bourdages, 2014). Comme le souligne Clark (2009), la forme de la rétroaction nécessaire au
développement de la pensée dépasse largement les capacités actuelles des
ordinateurs. Elle nécessite un puissant accompagnement humain en qualité et en
volume (Albero, 2011).
Bien que quelques outils
interactifs aient été développés, principalement pour l’apprentissage de la
langue, ces derniers ne permettent pas de lier contenant et contenu, encore
moins d’analyser le sens de ce qui a été produit par l’étudiant (Lecavalier, 2015). Pour la même raison, la possibilité de « s’exercer »
à résoudre un problème pour lequel l’enseignant fournirait une réponse ou une
démarche, comme il est possible de le faire dans d’autres disciplines n’est pas
accessible en français. L’étudiant peut analyser un texte et comparer son
analyse avec celles de sources fiables, mais ce n’est là qu’une partie de ce qu’il
doit apprendre. C’est surtout sa manière de rendre compte de son analyse, sa
cohérence, sa qualité, qui sont visées.
En présentiel comme à
distance, il est possible de créer des espaces de collaboration, de mise en
commun, d’interaction et de confrontation d’idées pour permettre une
rétroaction de meilleure qualité. Cela dit, aussi aidant que soit le regard des
pairs, il ne peut remplacer celui de l’enseignant en termes d’apprentissage (Buysse, 2009). C’est à cet égard que le numérique présente des
défis particuliers.
En présentiel, il est facile d’analyser
et de commenter collectivement plusieurs textes simultanément. En classe, le
simple fait d’être à l’écoute peut être suffisant pour apprendre. En présentiel,
tout le monde n’a pas le temps de s’exprimer. Pourtant, la plupart des
étudiants bénéficient de la rétroaction de l’expert vis-à-vis leurs questionnements
ou ceux des autres étudiants.
À distance, ce type d’exercice
se révèle beaucoup plus difficile à réaliser. L’analyse simultanée de
textes se révèle ardue en raison de l’organisation des données sur une
plateforme numérique. De même, la rétroaction se trouve compartimentée, isolée
des autres interventions. Atteindre le même degré d’efficacité sur un forum,
par exemple, demanderait un niveau d’engagement considérable de la part des
étudiants, qui seraient dans l’obligation de lire tous les échanges pour être
en contact avec la même information. La charge de travail de l’enseignant se
trouve aussi multipliée par les productions individuelles d’un plus grand
nombre d’étudiants. À cet égard, la nécessité de « contraindre » la
production individuelle soulève de nombreuses interrogations qui méritent d’être
réfléchies davantage.
En conclusion, le numérique ne
peut pas remplacer le présentiel. Néanmoins, il est important de tenter d’améliorer
l’offre numérique pour le développement de compétences complexes, ne serait-ce
que pour garantir une plus grande accessibilité au plus grand nombre de gens
possible.
Références
Albero, B. (2011). Le couplage entre pédagogie et
technologies à l’université : cultures d’action et paradigmes de recherche. Revue
internationale des technologies en pédagogie universitaire / International
Journal of Technologies in Higher Education, 8(1‑2), 11‑21.
Bates, A. W. (Tony). (2015). Teaching in a Digital Age.
[s.l.] : open.bccampus.ca.
Bourdages, É. (2014). Récit de pratique - Littérature active:
enseigner autrement dans les classes de français du collégial. Correspondance,
20(1), 3‑7.
Buysse, A. (2009). Médiations contrôlantes et structurantes :
une base pour penser la formation. Revue suisse des sciences de l’éducation,
(3).
Clark, R. E. (2009). Entretien: À la recherche des ingrédients
actifs de l’apprentissage. Distances et Savoirs, 9(4), 113‑124.
Lecavalier, J. (2015). La révision-correction au moyen d’Antidote:
un problème d’outil ou de méthode? Correspondance, 21(1), 9‑14.
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