jeudi 6 avril 2017

Efficacité de la formation à distance

J’éprouve toujours un malaise lorsqu’on parle d’efficacité en éducation. Je comprends la nécessité de déterminer si certaines pratiques sont bénéfiques ou néfastes pour l’apprentissage. Le problème, c’est que les recherches ne s’intéressent justement que très peu à l’apprentissage. À l’instar de Means et al. (2010) et de Bernard et al. (2009), les analyses effectuées portent essentiellement sur la réussite (achievement) et sur la nature des interactions (attitudes) des étudiants ou encore sur la satisfaction des étudiants (Stein, Wanstet, Calvin, Overtoom et Wheaton, 2005 dans Moore, 2013). Or, ni la réussite d’évaluations et de cours, ni la satisfaction (la perception d’avoir appris) ne sont nécessairement synonymes d’apprentissages réels (Barbeau, 2007 ; Crahay, 2006 ; Perrenoud, 2000).

À ce titre, les chercheurs soulignent adéquatement la prudence dont il faut faire preuve quant à l’utilisation des résultats de leur recherche (Bernard et al., 2009 ; Means et al., 2010). Ils affirment en effet d’entrée de jeu que les contextes de l’enseignement, tant en présentiel qu’à distance, se prêtent mal à la comparaison tant ils sont différents. Les contextes, les contenus, les approches pédagogiques, les modèles didactiques, le temps d’enseignement-apprentissage, les caractéristiques des étudiants, les caractéristiques de l’enseignant, etc. influencent énormément l’apprentissage, sans compter l’écart nécessairement important entre ce qui a été pensé et ce qui a vraiment eu lieu (c’est-à-dire l’écart entre les pratiques déclarées ou planifiées et les pratiques effectives).

Avec ces limites en tête, que retenir?

Que la division entre présentiel et à distance est artificielle. Ce que ces méta-analyses ont mis en évidence, c’est que les approches pédagogiques et les modèles didactiques se complètent et qu’ils doivent être choisis judicieusement en fonction de la nature de l’apprentissage ciblé par l’enseignant et du niveau des étudiants (Bates, 2015 ; Bernard et al., 2009 ; Ertmer et Newby, 2013 ; Means et al., 2010 ; Moore, 2013). Au-delà des enjeux sociopolitiques tels que l’accessibilité du plus grand nombre, pour l’enseignant, le choix de la présence ou de la distance devrait en être un de modalité la plus cohérente vis-à-vis les objectifs d’apprentissage visés.

La conclusion selon laquelle ce n’est pas le médium qui fait la différence, mais la manière de l’utiliser (Means et al., 2010), celle qui affirme que la principale priorité devrait être de mettre en place les conditions pour que l’étudiant entre en interaction (forte) avec le contenu (Bernard et al., 2009), celle qui suggère de se concentrer sur le développement de compétences de haut niveau (Bernard et al., 2009) et celle qui mentionne que la variété et les combinaisons de différentes approches (design) peuvent non seulement être équivalentes, mais qu’elles peuvent favoriser l’engagement cognitif (Bernard et al., 2009) font écho aux conclusions des recherches sur les théories de l’apprentissage et sur l’utilisation et la mise en oeuvre des pédagogies actives en présentiel.

Il est vrai que les environnements numériques d’apprentissage peuvent parfois offrir l’opportunité de « transformer les interactions entre étudiants et entre les étudiants et l’enseignant en interactions des étudiants avec le contenu » (Bernard et al., 2009, p. 1248, traduction libre). De même, l’apprentissage en ligne asynchrone permet la réflexivité et l’augmentation du temps consacré à l’apprentissage (Garrison, 2016 ; Jézégou, 2012 ; Means et al., 2010). Toutefois, l’inverse est aussi vrai. La différenciation est peut-être plus aisée en présentiel. Aussi, le développement et l’atteinte de certaines compétences ne peut faire abstraction du temps pris pour leur réalisation.

J’ai parfois la mauvaise impression que la quête de l’efficacité s’appuie sur une vision réductrice de l’enseignement et de l’apprentissage qui suggère qu’il existe « une bonne méthode » qui devrait être appliquée partout et à tout le monde. Pourquoi ne pas tenter plutôt de déterminer quels apports les différentes approches et les différents modèles peuvent offrir pour l’apprentissage?

Références

Barbeau, D. (2007). Interventions pédagogiques et réussite au cégep méta-analyse. Lévis : Les Presses de l’Université Laval.

Bates, A. W. (Tony). (2015). Teaching in a Digital Age. [s.l.] : open.bccampus.ca.

Bernard, R. M., Abrami, P. C., Borokhovski, E., Wade, C. A., Tamim, R. M., Surkes, M. A. et Bethel, E. C. (2009). A Meta-Analysis of Three Types of Interaction Treatments in Distance Education. Review of Educational Research, 79(3), 1243‑1289.

Crahay, M. (2006). Dangers, incertitudes et incomplétude de la logique de la compétence en éducation. Revue française de pédagogie, (154), 97‑110.

Ertmer, P. A. et Newby, T. J. (2013). Behaviorism, Cognitivism, Constructivism: Comparing Critical Features From an Instructional Design Perspective. Performance Improvement Quarterly, 26(2), 43‑71.

Garrison, D. R. (2016). Community of Inquiry. Dans D. R. Garrison (dir.), E-Learning in the 21st Century (3e éd., p. 22‑34). New York / London : Routledge Taylor and Francis.

Jézégou, A. (2012). Créer de la présence à distance en e-learning. Cadre théorique, définition et dimensions clés. Distances et Savoirs, 8, 257‑274.

Means, B., Toyama, Y., Murphy, R., Bakia, M. et Jones, K. (2010). Evaluation of Evidence-Based Practices in Online Learning: A Meta-Analysis and Review of Online Learning Studies.

Moore, M. G. (2013). Transactional Distance Theory: Historical Significance. Dans M. G. Moore (dir.), Handbook of Distance Education (3e éd., p. 66‑85). New York / London : Routledge Taylor and Francis.


Perrenoud, P. (2000). D’une métaphore à l’autre : transférer ou mobiliser ses connaissances? Dans J. Dolz et E. Ollagnier (dir.), L’énigme de la compétence en éducation (p. 45‑60). Bruxelles : de Boeck université.

2 commentaires:

  1. Il s'agit d'un texte qui résume bien, je trouve, les idées véhiculées dans quelques études importantes sur le sujet. Ma contribution sera d'ailleurs bien mince face à ce billet, avec lequel j'aurais d'ailleurs tendance à être entièrement d'accord avec ton propos : diversifions nos institutions et nos approches pour le bien des étudiants. Mais le problème réside pour moi dans le fait que les enjeux « sociopolitiques » et « économiques » sont présents et sont grands. Je suis ainsi frappé par la réalité qui se dresse devant nous.

    Car malgré que je n'aime pas discuter de « l'efficacité » d'une méthode en éducation, je me demande si nous ne sommes pas contraints à le faire. Les coûts supplémentaires associés à la FAD (qui je crois demeurent encore importants aujourd'hui) ne pourraient être justifiés simplement par un besoin de diversité. Autrement dit, si la FAD coûte plus cher et qu'elle ne réussit pas à démontrer les bienfaits qu'elle apporte, pourquoi ne pas simplement diversifier l'enseignement en présentiel?

    Autant je crois fondamentalement que la FAD est utile pour différentes raisons, autant il semble encore y avoir un travail à faire pour le « prouver » et convaincre des institutions d'aller dans cette direction. La meilleure façon d'y arriver, car nous sommes enseignants avant d'être politiciens, est certainement pour moi de tenter de convevoir encore et encore de meilleures activités à distance pour réussie à démontrer, au moins à petite échelle, tous les bienfaits que ces dernières peuvent apporter.

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  2. C’est une réflexion très intéressante sur ce type de recherche. Tu as bien mis en avant-plan les limites de ces indicateurs. Ce que je mentionne souvent concernant ces études est l’idée qu’elles comparent des éléments difficilement comparables. Enfin, c’est ce que l’on en fait qui importe.

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