Est-ce que les étudiants et
leur manière d’apprendre ont changé ? Est-ce que l’université est capable de
s’adapter aux apprenants du 21e siècle ? Et
vous ?
De nombreux changements
sociaux et technologiques ont profondément transformé la société depuis les
années 50. L’apparition de la scolarisation de masse, le renforcement des liens
entre l’éducation et le marché du travail, l’explosion et la spécialisation des
savoirs et l’apparition du Net et des technologies de l’information et de la
communication (TIC) ont contribué à la métamorphose de la vie en société.
Selon Prensky (2001), cette métamorphose serait si importante qu’elle
aurait entraîné des changements radicaux dans la manière de penser et de
traiter l’information des jeunes ayant grandi à l’ère du numérique, les Digital Natives. Il est vrai que les
étudiants sont désormais habitués à être hyper stimulés par la réception d’un
flux d’informations très rapide et constant, qu’ils ont l’habitude de faire
plusieurs choses en parallèle (multi-tasking),
qu’ils préfèrent pouvoir aller à leur rythme et accéder comme bon leur semble à
une foule de données (random access)
et qu’ils ressentent le besoin d’être constamment connectés. Dans son
enthousiasme, Prensky semble toutefois confondre l’accès à l’information, la
consommation de l’information, et l’apprentissage.
Dans un essai désormais
célèbre intitulé « Is Google MakingUs Stupid ? », Carr (2008) s’inquiète justement de ces effets des outils que
sont les TICs sur la cognition, sur l’apprentissage et sur la concentration. Tel
un pavé dans la mare, son essai a suscité une foule de débats et stimulé bien
des recherches. Ses intuitions quant à l’érosion de la capacité de concentration,
aux effets néfastes de la division de l’attention (multi-tasking) et au fait que le random access favorise un apprentissage en surface ont depuis été
largement confirmés par des chercheurs de partout à travers le monde (Carr, 2010 ;
Dretzin et Rushkoff, 2010), ce qui suggère que les habitudes de vie des
étudiants ont changé, mais pas leur manière d’apprendre.
Cela étant dit, il n’en reste
pas moins que l’université doit changer. Elle aussi s’est prise au jeu de la
vitesse et des lois du marché. Plusieurs de ses pratiques de financement, d’enseignement
et d’évaluation encouragent les étudiants dans un rapport au savoir utilitaire (Dyke et Deschenaux,
2008 ; Montoya et al., 2006) qui est incompatible avec sa mission d’instruire et d’éduquer.
De même, la perspective encyclopédiste issue de ses fondements est impossible à
soutenir dans le contexte de la multiplication des savoirs. Comment reprocher
aux étudiants d’apprendre en surface dans un monde qui accélère constamment ?
Et si, contrairement à ce que
suggère Prensky (2001), la solution était plutôt d’accepter d’en faire
moins, de prendre le temps de créer des liens, d’enseigner, d’apprendre et
de réfléchir ?
Dans son évaluation du Renouveau pédagogique au primaire et au
secondaire, le Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES)
arrive à la conclusion qu’au-delà des méthodes d’enseignement utilisées, ce
serait l’effet prof, c’est-à-dire le lien établi avec l’enseignant qui aurait
le plus grand impact positif sur la réussite scolaire (2007). Cette conclusion semble être tout aussi adaptée au
milieu universitaire, où la source des succès serait « le temps de contact
entre professeurs expérimentés et étudiants » (Dyke et Deschenaux,
2008, p. 31). D’ailleurs, la trop grande taille des groupes et le fait que seulement
18% des enseignants connaissent le nom de leurs étudiants sont les deux
premiers « reproches » effectués par les étudiants à l’endroit du
système universitaire dans la vidéo A Vision of Students Today (Wesch, 2007).
L’université peut changer. Pour
ce faire, elle doit cependant assumer son rôle de guide au lieu de tenter de
suivre les désirs des étudiants et les modes de la société, qui, comme Prensky (2001)le reconnaît lui-même, ne font que passer.
Et moi ? J’essaie, au
meilleur de mes connaissances qui évoluent de jour en jour, de prêcher par l’exemple.
Références
Carr, N. (2008). Is Google Making Us Stupid? The Atlantic,
(July/August). Récupéré de
http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2008/07/is-google-making-us-stupid/306868/
Carr, N. (2010). The Shallows: what the Internet is doing
to our brains. New York : W. W. Norton & Company.
Centre de recherche et d’intervention sur la réussite
scolaire. (2007). Évaluation du nouveau programme de formation de l’école québécoise :
la qualité de sa mise en oeuvre et ses effets perçus à ce jour : enquête auprès
des directions d’école, du personnel enseignant, du personnel professionnel non
enseignant et des parents . Sainte-Foy : Université Laval.
Dretzin, R. et Rushkoff, D. (2010). Digital Nation.
PBS : United States. Récupéré de http://www.pbs.org/wgbh/frontline/film/digitalnation/
Dyke, N. et Deschenaux, F. (2008). Enquête sur le corps
professoral québécois: faits saillants et questions. Montréal : Fédération
québécoise des professeures et professeurs d’université.
Montoya, Y., Martinez, J.-P. et Boutin, G. (2006). L’école
actuelle face au changement : instruire, éduquer ou socialiser. Sainte-Foy :
Les Presses de l’Université du Québec.
Prensky, M. (2001). Digital Natives, Digital Immigrants. On
the Horizon, 9(5), 1‑6.
Wesch, M. (2007). A Vision of Students Today. Digital
Ethnography, Kansas State University : United States. Récupéré de
https://www.youtube.com/watch?v=dGCJ46vyR9o
Bonjour Michael,
RépondreEffacerComme tu le mentionnes si bien, il est vrai que la société a subi une transformation majeure depuis plus de 50 ans. Les changements existaient auparavant, mais jamais de cette ampleur. Selon moi, la technologie est la principale source de cette transformation faisant en sorte que le marché du travail et l’éducation se sont adaptés.
De plus, tu fais référence à l’hyper stimulation des étudiants causée par un flux d’informations rapide et constant (Prenski, 2001). Oui il est vrai que le flux d’informations est rapide, mais les apprenants ont-ils la capacité de tout absorber, et ce de façon adéquate ? Il y a quelques années (non si lointaines) en classe, nous étions limités par le temps afin de couvrir les sujets requis. Maintenant, en plus de couvrir ces sujets (de plusieurs façons), nous leur demandons une analyse détaillée et intégratrice, davantage de communication (Wesch, 2007) et d’être prêt pour le marché du travail. L’espace temps est toujours demeuré le même sur notre planète à ce que je sache (on sait que sur la planète Jupiter, une journée a une durée de 48 heures enfin….).
Il est donc impossible (comme tu le mentionnes si bien) de reprocher aux étudiants d’apprendre en surface dans un monde qui accélère constamment. La capacité de concentration semble mise à mal. De plus, on vit une surcharge cognitive faisant en sorte que l’adaptation sera des plus difficile. Il faut mettre l’emphase sur l’acquis (connaissances et vécu) (Pageau et Bujold, 2000). Selon moi, il ne faut pas en faire moins, mais plutôt différemment. De plus, je me demande depuis longtemps la question suivante : suit-on réellement les désirs des étudiants ou c’est la société qui dicte le tout dans notre manière de faire et de vouloir changer les choses ? À qui sommes-nous réellement redevables ? L’illumination divine m’apparaîtra sûrement un jour pour la réponse à mes questions.
Références :
Pageau, D. et Bujold, J. (2000). Dis-moi ce que tu veux et je te dirai jusqu'où tu iras : les caractéristiques des étudiantes et des étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études : analyse des données des enquêtes ICOPE : 1er volet : les programmes de baccalauréat. Québec : Université du Québec à Québec, Direction du recensement étudiant et de la recherche institutionnelle.
http://www.uquebec.ca/dreri-public/Rapport_detaille_bac.pdf
Prensky, M. (2001). Digital Natives, Digital Immigrants. On the Horizon, 9(5), 1-6. http://www.marcprensky.com/writing/Prensky%20-%20Digital%20Natives,%20Digital%20Immigrants%20-%20Part1.pdf
Wesch, M. (2007). A Vision of Students Today. Récupéré du site YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=dGCJ46vyR9o